Si l’agriculture est souvent présentée comme le levier incontournable du développement de la Guinée, la réalité sur le terrain est bien plus nuancée. Loin des discours officiels, les paysans guinéens font face à un véritable parcours du combattant pour vivre de leur labeur.
Entre l’enclavement des zones de production, le manque d’infrastructures de conservation et la difficulté d’écouler les récoltes, l’abandon se fait lourdement ressentir.
Rencontré dans son champ dans la région de Kindia, le Dr Alseny Pasteur Camara, à la fois enseignant, vétérinaire et agriculteur, interpelle l’État guinéen. Pour ce cultivateur qui travaille la terre avec l’aide de sa famille, le constat est amer. Le secteur agricole, selon lui, est piétiné par un manque de soutien concret de la part des pouvoirs publics.
« L’agriculture est l’un des piliers qui peut assurer le développement d’un pays. Mais j’ai l’impression que ce secteur n’est pas valorisé dans notre pays. Le secteur agricole est piétiné en Guinée, car l’État ne vient pas en aide aux paysans. Il ne suffit pas seulement d’envoyer des engrais aux agriculteurs, il faut aussi nous aider dans la vente. Il faut venir sur le terrain pour voir ce qui se passe », déplore-t-il.
Le défi majeur pour ces producteurs ne réside plus seulement dans la récolte, mais dans la commercialisation.
« Dans mon champ-là, je travaille avec ma famille, mais on a du mal dans l’écoulement de nos produits. Ici, je suis obligé d’aller plaider des gens pour qu’ils achètent nos récoltes, ou ma femme va à Conakry avec un ou deux sacs pour vendre. Vous imaginez cette tracasserie ? Si l’État avait mis en place des mécanismes pour nous aider dans la vente de nos récoltes, ça nous aurait vraiment aidés. S’il y avait des preneurs, j’allais m’en réjouir et j’aurais encore plus de courage pour travailler», assure M. Camara.
À ces difficultés logistiques s’ajoute une profonde injustice économique. Faute de moyens de transport adéquats et de mécanismes de régulation étatiques, les paysans sont à la merci des acheteurs intermédiaires.
« Regardez l’état de la route ici, pour déplacer nos produits jusqu’au bord de la route, c’est un casse-tête ! Partir jusqu’à la gare routière de Foulayah, et puis après sur Conakry, c’est pénible. Le paradoxe dans tout ça, c’est que ce n’est pas moi qui fixe le prix. Si le propriétaire ne peut pas fixer son prix, cela fait très mal », déplore cet agriculteur.
Face à cette précarité, le Dr Camara ne demande pas l’aumône, mais des solutions structurelles. Il plaide pour la mise en place de mécanismes de rachat des récoltes et, surtout, pour la création d’unités industrielles locales.
« Le plus souvent, ce sont les commerçantes elles-mêmes qui fixent le prix et c’est à prendre ou à laisser. Ce sont elles qui imposent le prix. Si cela ne te convient pas, tu vas toi-même à Conakry pour vendre, et là aussi c’est difficile puisque nous n’avons pas de véhicule ; donc tout va dans le transport. L’État doit aider ce secteur. Nous avons besoin d’usines de transformation et surtout d’aider les jeunes qui veulent travailler la terre. Il faut sortir des bureaux et venir sur le terrain », lance-t-il pour conclure.
Aissatou Diallo pour DamalGuinee.com





















